Contribution : Europacity est un projet nuisible, nuisible pour l’Humanité

Par Robert Lesvesques 

 Robert-LevesqueRobert Levesque est ingénieur agronome de l’Institut national agronomique Paris-Grignon (AgroParisTech). Spécialiste des questions foncières, il travaille notamment pour la Fédération nationale des SAFER. Il a été expert auprès du Conseil économique et social pour le rapport sur la Maîtrise foncière, clé du développement rural paru en 2005. Il a publié de nombreux articles dans Etudes foncières, Chambres d’Agriculture, Demeter . Il a réalisé des missions d’expertise en Pologne et Ukraine.

Il est également membre d’AGTER (Gouvernance de l’Eau, de la Terre et des Ressources Naturelles) et de Plaine Terres. Il est l’auteur de Terres Nourricières publié en 2011.

Europacity est un projet nuisible, nuisible pour l’Humanité

Europacity nuirait au bien-être de l’Humanité. Le projet ne peut devenir réalité.

Europacity détruirait des terres agricoles parmi les meilleures de France, repousserait encore plus loin les zones de production de la zone de consommation, serait un projet générateur de gaz à effet de serre pendant sa construction, son « exploitation » avec sa piste de ski et autres activités, et notamment du fait du transport de ses visiteurs.

La destruction de potentiel agricole et forestier

La destruction de terres agricoles ne serait pas grave si l’Humanité disposait suffisamment de terres. Mais ce n’est pas le cas. Loin s’en faut. Pour lutter contre le réchauffement climatique, priorité absolue rappelée en novembre dernier au Bourget à deux pas du triangle de Gonesse, il convient que la végétation et les sols augmentent la quantité de carbone qu’ils stockent. Il faudrait plus de forêts, plus d’arbres. Aussi, il n’est pas possible d’envisager d’étendre les terres agricoles sur les forêts. Il faut se contenter des terres agricoles dont nous disposons aujourd’hui, qui fournissent 97% des calories que l’Humanité consomme aujourd’hui.

Par ailleurs, les rendements agricoles ne vont pas augmenter. Le rapport du GIEC de 2013 indique qu’avec ou sans adaptation, le changement climatique réduira les rendements moyens de 0 à 2% par décennie pour le reste du siècle, par rapport à la fin du XXe siècle. Le graphique ci-dessous montre que les rendements vont commencer à décroître dans un nombre majoritaire de territoire avant 2029 (en raisonnant en tendance). Comme les rendements vont baisser, il faudra plus de terres pour produire la même quantité de produit alimentaire alors que la demande pour l’instant est sur une pente ascendante.

Réchauffement climatique : L’évolution des rendements d’ici un siècle
 Rapport du GIEC de 2013

Réchauffement climatique : L’évolution des rendements d’ici un siècle : Rapport du GIEC de 2013
Résumé des changements prévus dans les rendements des cultures, en raison du changement climatique au cours du 21ème siècle. La hauteur de chaque couleur représente le pourcentage d’études qui montre le même pourcentage de variation des rendements. Ce chiffre comprend les projections pour différents scénarios d’émissions, pour des régions tropicales et tempérées, et pour les cas d’adaptation et sans adaptation combinés. Relativement peu d’études ont examiné les effets sur les systèmes de culture pour les scénarios où les températures moyennes mondiales augmenteront de 4 ° C ou plus. Les variations de rendements sont calculées par rapport aux niveaux de la fin du 20ème siècle. Les données pour chaque période sont réparties en pourcentage.

 

 

L’Humanité est manifestement en manque d’espaces agricoles et forestiers. Nous sommes déjà dans une situation de déséquilibre. Il faudrait plus d’espaces agricoles et forestiers pour assurer (facilement) les besoins de l’Humanité. Qui dit manque global, dit manque local. A chaque fois qu’un projet détruit des sols agricoles ou forestier, il détruit un potentiel humain.

En France, la somme des projets qui pour chacun d’entre eux apparaissent marginal, insignifiant aux acteurs locaux concourt à une urbanisation de l’ordre de 50 000 hectares par an. Les autres pays européens détruisent également des terres agricoles. Alors que l’Europe est déjà déficitaire nette de terres agricoles. Elle importe l’équivalent de la production agricole de 35 millions d’hectares chaque année, c’est-à-dire de 20% de sa surface agricole. Chaque destruction supplémentaire de sols agricoles ou forestiers aggrave la situation européenne et mondiale.

Le bilan carbone d’Europacity

A partir d’une approche très partielle et sommaire, il apparaît que le bilan carbone d’Europacity sera catastrophique. Les promoteurs du projet doivent fournir un bilan carbone complet tenant compte de la construction, de l’activité, de l’entretien des infrastructures et également des émissions liées au transport des visiteurs.

Côté transport des visiteurs

Faisons une approche sommaire du bilan carbone du transport des clients d’Europacity. Un vol aller-retour New-York Paris ou Pékin Paris émet 0,3 tonne de carbone. Un million de visiteurs prenant un vol équivalent émettraient 300 millions de tonnes de carbone. Un client qui ferait un aller-retour en voiture de 300 km pour fréquenter Europacity émettrait de l’ordre de 10 kg de carbone. Avec 31 millions de visiteurs, le bilan carbone sur le poste transport serait sans doute autour d’un million de tonnes de carbone (ou plus).

Côté agriculture

L’agriculture en moyenne émet 3,1 tonnes équivalent Co2 par hectare soit 0,84 tonne de carbone à l’hectare (cf observation et statistiques n°113 mars 2012 (Meddtl). Sur 100 hectares, l’agriculture intensive va dégager 84 tonnes de carbone par an.

Conclusion : il faut mieux garder l’agriculture intensive que d’avoir Europacity. Nous sommes dans un rapport de un à dix mille (minimum) !!!  Certes, il faut encore mieux développer une agriculture moins émettrice de gaz à effet de serre.

Conclusion

Sur ces seuls deux points, le projet Europacity est un projet nuisible pour la France, l’Europe et l’Humanité. Il est d’intérêt national « d’enterrer » ce projet au plus vite. L’énergie dépensée à concevoir un projet nuisible serait mieux employée à développer la transition écologique exigée par la COP21.

Il relève de l’intérêt national d’abandonner le projet tout de suite.

 

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