OBLIGATION OU « POSSIBILITÉ » D’URBANISATION ?

Un des arguments avancés par les tenants de l’urbanisation du Triangle de Gonesse : « c’est inscrit au SDRIF » (Schéma Directeur d’aménagement de la région Ile-de-France). Or, les schémas d’urbanisme indiquent une « possibilité » et non une « obligation » d’urbanisation.

Prétendre comme le fait Immochan que le projet EuropaCity enlèverait une épine du pied de l’EPA Plaine de France, tenu d’aménager la partie centrale du Triangle de Gonesse, est parfaitement fallacieux. Auchan n’est pas le chevalier Lancelot « sauvant » du déshonneur les pouvoirs publics, impuissants à urbaniser !

Les cartes annexées au SDRIF traduisent dans l’espace les objectifs indiqués dans le document écrit. Or, l’objectif Emploi est de 28 000 postes par an, chiffre que les experts savent irréalisable : en période faste, la Région créait 25 000 emplois annuels. Comment pourrait-on faire davantage, en période de crise ? Au cours des 4 dernières années statistiques, la courbe de l’emploi francilien a chuté, puis s’est redressée. Résultat : un jeu à somme nulle, soit 112000 postes qui ont échappé aux Franciliens. En matière de logements, l’objectif de 70000 /an a été couvert à moitié. Dans ces conditions, pourquoi tant de hâte à vouloir urbaniser un territoire largement excédentaire (le « cœur de pôle de Roissy » dont fait partie Gonesse) qui possède déjà 150 000 emplois pour une population active de 65000 personnes (chômeurs compris) ? Alors que les communes du pourtour souffrent d’une grave pénurie d’activités, et notamment Aulnay-sous-bois, la plus grande ville du territoire qui a subi une crise industrielle sans précédent (8000 emplois supprimés par la fermeture de PSA et 5000 chez les sous-traitants)…

Quand on observe un tel ralentissement en Ile-de-France de la croissance démographique et économique, n’est-il pas raisonnable de réduire la voilure, de revoir les objectifs et d’établir des priorités ? Il est évident que le cœur de pôle de Roissy qui « croule sous l’emploi » n’apparaît pas comme un territoire frappé par une « urgence à urbaniser ». Dès la publication du SDRIF, les experts savaient que les objectifs indiqués dans le document d’urbanisme étaient inatteignables. Mais il fallait les mentionner, parce que la loi « Grand Paris » de Nicolas Sarkozy s’imposait au niveau régional. C’était le seul moyen d’obtenir la ratification du SDRIF invalidé depuis 2008. Il y avait donc obligation d’intégrer des objectifs que tout le monde savait impossibles. La moindre des choses, c’est que l’on n’aggrave pas la situation en feignant de croire que ces objectifs régionaux à valeur « indicative » représenteraient une « obligation » à urbaniser ! Pourtant, malgré 4 millions de m2 de surfaces vacantes de bureaux qui ne trouvent pas preneur en région Ile-de-France, élus et aménageurs – dans une fuite en avant irresponsable – persistent à prévoir la construction de tours de bureaux en validant 6 projets de nouveaux pôles d’affaires sur le Grand Roissy !…

Au moment où à Paris l’Assemblée nationale et le Sénat sont en train d’adopter une “Loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages”, va-t-on accepter de transformer en friche industrielle d’excellentes terres agricoles cultivées produisant 20 millions de baguettes de pain par an, qui contribuent à relever le 4ème défi du SDRIF (améliorer notre autonomie alimentaire, inférieure à 10%) ?

Pour le CPTG, J. L., le 22 février 2016

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