Emplois à Gonesse ou le drame de Sysyphe

On se souvient du mythe de Sisyphe, condamné à pousser éternellement son rocher, qui retombait à chaque fois jusqu’au pied de la montagne. Les politiques d’emplois conduites par M. Blazy, député-maire de Gonesse, semblent frappées de la même malédiction. Plus il implante d’emplois sur sa commune, moins ils servent à la population. Plus il tente de faire progresser la qualification de ses administrés, plus ils quittent la ville vers des cieux plus cléments et il faut à nouveau recommencer.

Car les emplois de la commune sont très peu « utiles » aux habitants. Qu’on en juge sur le graphique joint, établi d’après le dernier recensement INSEE (2012).

DÉSÉQUILIBRE EMPLOI-MAIN D'OEUVRE A GONESSE (95)
DÉSÉQUILIBRE EMPLOI-MAIN D’OEUVRE A GONESSE (95)

A première vue …

A première vue, on pourrait croire la situation de l’emploi à Gonesse assez enviable, puisque les postes de travail (14 736) sont plus nombreux que les actifs ayant un emploi (10361), même en rajoutant les chômeurs (2070). Pourtant, on observe que seuls 2700 gonessiens travaillent sur place (26%). Et chaque jour, la ville est le théâtre d’un véritable ballet de chassés-croisés : tandis que 12000 actifs viennent de l’extérieur occuper les postes locaux, 7700 travailleurs gonessiens s’expatrient hors de la commune pour exercer leur activité, souvent fort loin.

Dès les années 90, il y avait à Gonesse à peu près autant d’actifs que d’emplois. Pourtant, le chômage ne baisse pas. Avec un taux de 16,7% en 2012, il n’est guère inférieur à celui de Goussainville (17,5 %), qui souffre pourtant de pénurie d’emplois, avec un poste pour deux actifs.

Une politique de l’emploi inutile

Cette politique inutile s’est aggravée au cours de la dernière décennie 1999 – 2012. Bien que Gonesse ait bénéficié d’un gain de 3091 postes en 13 ans, le nombre d’actifs travaillant dans la commune n’a augmenté que de… 3 gonessiens supplémentaires au cours de la période ! Un jeu à somme nulle !

Et ce n’est pas le projet EuropaCity qui va arranger les choses : 72% des nouveaux emplois sont de niveau Bac et plus, alors que 30% des habitants de la commune n’ont aucune qualification. Pourtant, Jean-Pierre Blazy s’entête à vouloir implanter toujours plus d’emplois inutiles pour ses administrés. Il prévoit un effort massif de formation, alors que le promoteur brésilien de l’« International Trade Center » à Roissy boudant l’offre locale a décidé de créer sa propre école hôtelière, avec des candidats recrutés sur toute la France.

Car hélas, dès que le niveau social de la population gonessienne s’améliore, elle quitte le territoire pour un cadre de vie plus agréable, tant les nuisances de l’aéroport sont élevées. Les partants sont remplacés par des arrivants en galère et il faut tout recommencer. C’est pourquoi le niveau de formation des habitants n’a cessé de baisser au cours des dernières années (25,7 % de la population sans aucun diplôme en 1999, 30% en 2012) rendant infranchissable le gap qui sépare un premier niveau de qualification d’un niveau Bac et plus.

Les solutions existent

Les solutions existent pourtant. Tout d’abord, recréer des emplois de proximité dans le centre-ville en cours de désertification : un petit commerce embauche sur place, à la différence d’un grand groupe qui dispose d’une aire d’influence bien plus vaste et qui a tôt fait d’oublier les promesses de recrutement local. On peut aussi densifier les zones d’activités existantes plutôt que d’en créer de nouvelles (l‘étude ECODEV de l’EPA Plaine de France avait estimé à 8700 emplois supplémentaires la densification de Paris-Nord 2). Enfin, on pourrait fidéliser la population en diminuant les nuisances de Roissy. Notamment réclamer un couvre-feu – comme à Orly – pour préserver le sommeil des riverains ; réduire la pollution de l’air en conservant les terres agricoles et le paysage rural auquel les habitants expriment leur attachement.

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